"Il y a un génie bien particulier dans la capacité des Français à transformer l'immobilité en sport, et à faire croire que c'est la chose la plus importante du monde."
Vous l'entendrez avant de le voir. Un claquement creux et satisfaisant, le bruit de deux sphères de métal qui se rencontrent avec juste la bonne force, portant à travers une place poussiéreuse, dans l'air chaud et parfumé d'un après-midi dans le Sud. Suivez ce son et vous le trouverez : un groupe de joueurs, verre de vin ou de pastis à la main, rassemblés sans hâte autour d'un carré de gravier, engagés dans un jeu qui exige autant de précision que de stratégie, de psychologie et, par-dessus tout, la capacité à ralentir.
Bienvenue à la pétanque. Un jeu si fondamental, si parfaitement accordé à son paysage, qu'il semble moins inventé que simplement découvert, comme si les platanes et le calcaire et les longues soirées de juillet l'avaient toujours attendu.
À Aimargues, comme dans chaque village du Languedoc et de Provence, la pétanque est tissée dans le tissu de la vie quotidienne. Les terrains dédiés, les boulodromes, sont à deux pas de notre maison de vacances, et nous gardons un jeu de boules à la disposition des hôtes, pour que l'envie puisse se saisir d'eux à tout moment. Parce qu'elle viendra. Faites-nous confiance.
Une brève histoire
Née du Midi, les racines des boules, la grande famille de jeux à laquelle appartient la pétanque, remontent à des millénaires. Les Grecs anciens lançaient des pierres pour la distance et la précision. Les légionnaires romains portaient des boules de bois à travers leurs territoires conquis. La Provence médiévale avait ses propres versions, jouées dans les champs et au bord des rivières. Mais la pétanque telle que nous la connaissons aujourd'hui est une invention résolument moderne, et son histoire est aussi humaine que le jeu lui-même.
Nous sommes en 1907, dans la ville de La Ciotat, près de Marseille. Un joueur local très aimé, Jules Lenoir, souffre de rhumatismes sévères aux jambes. Incapable d'effectuer les élans que réclamait l'ancien jeu provençal, il se trouve de fait exclu du sport qu'il chérit. Son ami et compagnon de jeu Ernest Pitiot refuse d'accepter cela. Il imagine une variante plus simple : se tenir dans un cercle d'à peine 50 centimètres, pieds à plat et joints sur le sol, et lancer depuis là.
La pétanque tient son nom de cette posture même. En dialecte provençal, pèd tanco signifie "pieds plantés", et ces deux mots renferment tout l'essentiel de la philosophie du jeu. On est ancré. Posé. Présent. Tout mouvement superflu est supprimé, ne laissant que l'intention, le bras et l'acier.
Le jeu se répandit rapidement dans le sud de la France. Dès 1910, les premières règles officielles avaient été rédigées. Dans les années 1930, la Fédération Française de Pétanque et Jeu Provençal était fondée. Aujourd'hui, on estime à onze millions le nombre de joueurs de pétanque en France, et le jeu est officiellement reconnu dans plus de 160 pays dans le monde. Et pourtant, malgré cette portée mondiale, il conserve le caractère intime et tranquille de cette première partie jouée pour Jules Lenoir sur un bout de terrain poussiéreux au bord de la mer.
« La pétanque n'est pas vraiment un jeu. C'est une raison de rester dehors, dans une belle lumière, avec des gens qu'on aime. »
Les règles
Le génie de la pétanque tient en partie à la rapidité avec laquelle on peut l'apprendre, et à la profondeur avec laquelle on peut la jouer. En dix minutes, vous comprendrez ce qui se passe. Une vie entière n'épuisera pas ses subtilités. Voici ce qu'il faut savoir.
Équipes et boules
Deux équipes de un, deux ou trois joueurs s'affrontent. En tête-à-tête, chaque joueur dispose de trois boules. En doublette, trois chacun. En triplette, le format le plus courant, deux chacun. Les boules sont des sphères d'acier creuses, pesant généralement environ 700 grammes pour 70 mm de diamètre.
Le cochonnet
Une petite boule cible en bois, appelée le cochonnet ou « petit cochon », parfois nommée le jack ou le but, est lancée depuis le cercle de départ pour commencer chaque mène. Elle atterrit quelque part entre 6 et 10 mètres, sur n'importe quel terrain, et devient l'objet du désir de tous.
Pointer et tirer
L'objectif est de placer sa boule plus près du cochonnet que celle de l'adversaire. Les joueurs peuvent pointer, en roulant ou en lançant leur boule aussi près que possible, ou tirer, en envoyant une boule à grande vitesse pour déloger celle de l'adversaire. Ce choix tactique est là où réside toute la profondeur du jeu.
Ordre de jeu
L'équipe dont la boule est la plus éloignée du cochonnet joue toujours en premier. La partie se poursuit jusqu'à ce que les deux équipes aient utilisé toutes leurs boules. L'équipe dont la boule est la plus proche marque ensuite un point pour chacune de ses boules qui se trouve plus près du cochonnet que la boule adverse la plus proche.
La victoire
La première équipe à atteindre 13 points gagne. Une équipe qui atteint 13 points alors que l'adversaire n'en a aucun, exploit rare et célébré, est dite avoir fait fanny. L'équipe perdante doit, selon la délicieuse tradition, embrasser les fesses d'une figurine en céramique exposée au terrain.
Le cercle
Tous les joueurs doivent lancer depuis un cercle d'environ 50 cm de diamètre, tracé ou gratté dans le sol. Les pieds doivent rester joints et posés jusqu'à ce que la boule ait atterri. C'est la règle qui a donné son nom à la pétanque, et c'est celle qui place tout le monde sur un pied d'égalité.
Les tactiques vont bien au-delà de ce que les règles laissent entrevoir. Un pointeur habile peut faire rouler une boule sur du gravier irrégulier avec une précision extraordinaire, épousant les contours du terrain. Un tireur de maître peut envoyer une boule en arc parfait pour atterrir précisément sur sa cible et la déplacer sans déranger le cochonnet d'un millimètre. Les équipes doivent constamment trancher : jouer la sécurité et pointer, ou tenter le tir ? Et dans quelle mesure l'assurance de l'adversaire vous déstabilise-t-elle ?
C'est là le secret de la pétanque : c'est autant un jeu de psychologie que de précision.
L'expérience
On ne peut pas jouer à la pétanque à la hâte. Le jeu ne le permet pas. Le rituel délibéré de chaque lancer, le poids de la boule dans la paume, l'étude attentive du terrain, ce moment d'immobilité avant de lâcher, impose naturellement la lenteur. Le jeu vous fait vous arrêter. Il vous fait regarder. Il vous fait être, comme le disent les Français avec une aisance si enviable, en plein air.
Il y a la lumière, bien sûr. En Languedoc, la lumière de l'après-midi en juillet et en août a une qualité qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Épaisse, dorée, légèrement enivrante. Elle tombe sur un terrain de boules d'une manière qui fait tout ressembler à un tableau. Les sphères d'acier brillent. Les ombres des platanes se déplacent lentement sur le gravier. Le cochonnet repose, petit et innocent, rose, jaune ou rouge, dans son carré de poussière.
Et il y a les arbres eux-mêmes. Les platanes, ces magnifiques arbres à l'écorce mouchetée qui bordent chaque boulevard et chaque place ombragée du sud de la France, sont les témoins silencieux d'un million de parties de pétanque. Plantés en longues allées par décret napoléonien pour ombrager les soldats en marche, ils sont devenus depuis le dais sacré sous lequel le Midi conduit sa vie sociale. Leur ombre tachetée, par une journée à 35 degrés, est l'une des simples perfections de l'existence.
Entre les lancers, on parle. C'est important. La pétanque est un jeu social de la même manière que marcher ou s'asseoir en terrasse de café est social. Elle vous donne quelque chose à faire de vos mains pendant que vous accordez votre attention aux gens qui vous entourent. Les disputes sont passionnées et brèves. Les plaisanteries se répètent agréablement. Les inconnus deviennent des connaissances, et les connaissances deviennent des amis, comme seule une activité partagée et un peu absurde peut le permettre.
C'est un jeu pour tous les âges, ce que la France prend très au sérieux. Les grands-parents et les petits-enfants se disputent sincèrement la victoire. Le jeune de douze ans qui réussit un carreau magnifique, envoyant une boule exactement sur une autre et la faisant partir pendant que la sienne reste sur place, reçoit exactement la même ovation que le septuagénaire qui en fait autant. La pétanque est l'une de ces rares activités où l'âge, l'athlétisme et l'expérience trouvent un équilibre honnête.
C'est aussi, et c'est essentiel, un jeu auquel on peut jouer un verre à la main.
Glossaire
Petit lexique indispensable
Cochonnet : la petite boule cible, littéralement « petit cochon ». Aussi appelé le jack, le but ou le bouchon.
Boule : la grande boule d'acier que l'on lance. Un jeu de boules personnelles est un bien précieux, souvent gravé.
Pointer : lancer sa boule dans le but de la placer près du cochonnet. Le pointeur est un artiste du toucher et de la précision.
Tirer : lancer avec force pour déloger la boule d'un adversaire. Le tireur est un franc-tireur, un tacticien de la puissance.
Carreau : le tir parfait. On déplace la boule adverse en restant exactement à sa place. Les applaudissements suivent toujours.
Fanny : perdre 13 à 0. Profondément humiliant, chaleureusement célébré par tous les autres présents.
Mène : une séquence de jeu, du lancer du cochonnet jusqu'à ce que toutes les boules aient été jouées. Les parties se jouent sur plusieurs mènes.
Boulodrome : un terrain de pétanque dédié, généralement en gravier nivelé ou en calcaire concassé, souvent ombragé et soigneusement entretenu.
La Pétanque vous attend à La Maison d’à Côté
Dans notre maison à Aimargues : des boules prêtes, des terrains à deux pas
Nous pensons qu'un séjour dans le sud de la France ne serait pas complet sans au moins un long après-midi de pétanque, alors nous avons tout prévu pour que ce soit simple. Un jeu de boules complet vous attend à la maison. Il suffit de les prendre et de partir.
Aimargues dispose de boulodromes dédiés où les habitants jouent régulièrement, ainsi que d'autres terrains parfaitement praticables à quelques minutes à pied de la maison. Plats, ombragés et accueillants pour tous les niveaux, du grand débutant au joueur discrètement compétitif. Consultez notre page Que faire pour les emplacements précis et toutes les informations pratiques.
Pourquoi vous devriez jouer tous les jours
Il y a un concept en français qui ne se traduit pas vraiment : flâner, se promener sans destination, habiter le temps plutôt que de le dépenser. La pétanque est, à sa façon, une version formalisée de cela. Elle vous donne une raison d'être dehors, de vous arrêter, de prêter attention à quelque chose de petit et de satisfaisant, d'être avec des gens que vous aimez, dans une lumière qui rend tout plus beau qu'il n'est.
Vous n'avez pas besoin d'être doué. En fait, être mauvais à la pétanque avec bonne humeur est un art en soi, et les Français le respectent pleinement. Le débutant qui rit de son propre mauvais lancer et qui tend la main vers son verre joue exactement comme il faut.
Ce dont vous avez besoin, c'est d'un après-midi. Et idéalement d'un peu d'ombre. Et idéalement de bonne compagnie. Et peut-être d'un verre frais : un pastis avec une carafe d'eau froide à côté, qui transforme le liquide en ce bel or ambré laiteux au moment de le couper, ou un rosé local si pâle qu'il ressemble presque à de l'eau, ou simplement un long verre de citron pressé qui sue doucement dans la chaleur.
Les boules sont à la maison. Les terrains sont à deux pas. Les platanes attendent, patients comme ils l'ont toujours été, pour étendre leur ombre sur vous.
Il ne vous reste plus qu'à arriver.
Un jeu de boules est mis à disposition des hôtes dans notre maison de vacances à Aimargues, Gard, dans le sud de la France. Pour les emplacements des terrains, les autres activités et tout ce que la région a à offrir, consultez notre page Que faire.
